HUGO, Victor (1802 - 1885)
"Et je me demandai pourquoi l'on est ici,
Quel peut être après tout le but de tout ceci,
Que fait l'âme, lequel vaut mieux d'être ou de vivre,
Et pourquoi le Seigneur, qui seul lit à son livre,
Mêle éternellement dans un fatal hymen
Le chant de la nature au cri du genre humain?"
Victor Hugo, Les Feuilles d'automne (1830), V, Ce qu'on entend sur la montagne."Monts d'Aragon! Galice, Estramadoure!
- Oh! je porte malheur à tout ce qui m'entoure!-
J'ai pris vos meilleurs fils pour mes droits; sans remords,
Je les ai fait combattre, et voilà qu'ils sont morts!"
Hugo, Hernani (1830), III, 4, p. 103 éd. Bordas."Oh! par pitié pour toi, fuis!... Tu me crois, peut-être,
Un homme comme sont tous les autres, un être
Intelligent, qui court droit au but qu'il rêva.
Détrompe-toi. Je suis une force qui va!
Agent aveugle et sourd de mystères funèbres!
Une âme de malheur faite avec des ténèbres!
Où vais-je? je ne sais. Mais je me sens poussé
D'un souffle impétueux, d'un destin insensé.
Je descends, je descends, et jamais ne m'arrête.
Si parfois, haletant, j'ose tourner la tête,
Une voix me dit: Marche! et l'abîme est profond,
Et de flamme ou de sang je le vois rouge au fond!
Cependant, à l'entour de ma course farouche,
Tout se brise, tout meurt. Malheur à qui me touche!
Oh! fuis! détourne-toi de mon chemin fatal,
Hélas! sans le vouloir, je te ferais du mal!"
Hugo, Hernani (1830), III, 4, p. 104 éd. Bordas."Vous êtes mon lion superbe et généreux!
Je vous aime."
Hugo, Hernani (1830), III, 5, p. 79 éd. Hachette."Donc je marche vivant dans mon rêve étoilé!"
Hugo, Ruy Blas (1838), III, 4, p. 124 éd. Bordas."Il n'y a d'ailleurs aucune incompatibilité entre l'exact et le poétique. Le nombre est dans l'art comme dans la science. L'algèbre est dans l'astronomie, et l'astronomie touche à la poésie; l'algèbre est dans la musique, et la musique touche à la poésie.
L'esprit de l'homme a trois clefs qui ouvrent tout: le chiffre, la lettre, la note.
Savoir, penser, rêver. Tout est là."
Hugo, Les Rayons et les Ombres (1840), Préface, p. 238, éd. Poche."Dieu le veut, dans les temps contraires,
Chacun travaille et chacun sert.
Malheur à qui dit à ses frères:
Je retourne dans le désert!
Malheur à qui prend des sandales
Quand les haines et les scandales
Tourmentent le peuple agité;
Honte au penseur qui se mutile,
Et s'en va, chanteur inutile,
Par la porte de la cité!"
Hugo, Les Rayons et les Ombres (1840), Fonction du Poète, p. 241, éd. Poche."Le poète en des jours impies
Vient préparer des jours meilleurs.
Il est l'homme des utopies,
Les pieds ici, les yeux ailleurs."
Hugo, Les Rayons et les Ombres (1840), Fonction du Poète, p. 313, éd. Cercle du Bibliophile / p. 241, éd. Poche."Ceux qui vivent, ce sont ceux qui luttent."
Hugo, Les Châtiments (1853), IV, La Religion est glorifiée, IX, p. 107 éd. Pléiade"On se plaint quelquefois des écrivains qui disent moi. Parlez-nous de nous, leur crie-t-on. Hélas! quand je vous parle de moi, je vous parle de vous. Comment ne le sentez-vous pas? Ah! insensé qui croit que je ne suis pas toi!"
Hugo, Les Contemplations (1856), Préface, p. 28 , éd. Gallimard."Marchands de grec! marchands de latin! cuistres! dogues!
Philistins! magisters! je vous hais, pédagogues!
Car, dans votre aplomb grave, infaillible, hébété,
Vous niez l'idéal, la grâce et la beauté!
Car vos textes, vos lois, vos règles sont fossiles!
Car, avec l'air profond, vous êtes imbéciles!
Car vous enseignez tout, et vous ignorez tout!"
Hugo, Les Contemplations (1856), XIII, A propos d'Horace, p. 57, éd. Gallimard."Qui dit frontière, dit ligature. Coupez la ligature, effacez la frontière, ôtez le douanier, ôtez le soldat, en d'autres termes, soyez libres; la paix suit.
Paix désormais profonde. Paix faite une fois pour toutes. Paix inviolable. État normal du travail, de l'échange, de l'offre et de la demande, de la production et de la consommation, du vaste effort en commun, de l'attraction des industries, du va-et-vient des idées, du flux et reflux humain.
Qui a intérêt aux frontières ? Les rois. Diviser pour régner. Une frontière implique une guérite, une guérite implique un soldat. On ne passe pas, mot de tous les privilèges, de toutes les prohibitions, de toutes les censures, de toutes les tyrannies. De cette frontière, de cette guérite, de ce soldat, sort toute la calamité humaine.
Le roi, étant l'exception, a besoin, pour se défendre, du soldat, qui à son tour a besoin du meurtre pour vivre. Il faut aux rois des armées, il faut aux armées la guerre. Autrement, leur raison d'être s'évanouit. Chose étrange, l'homme consent à tuer l'homme, sans savoir pourquoi. L'art des despotes, c'est de dédoubler le peuple en armée. Une moitié opprime l'autre.
Les guerres ont toutes sortes de prétextes, mais n'ont jamais qu'une cause, l'armée. Ôtez l'armée, vous ôtez la guerre. Mais comment supprimer l'armée ? Par la suppression des despotismes."
Victor Hugo, Discours au Congrès de la Paix, Lausanne, septembre 1869."La république doit s'affirmer par l'amour,
Par l'entrelacement des mains et des pensées,
Par tous les lys s'ouvrant à toutes les rosées,
Par le beau, par le bon, par le vrai, par le grand,
Par le progrès debout, vivant, marchant, flagrant,
Par la matière à l'homme enfin libre asservie,
Par le sourire auguste et calme de la vie,
Par la fraternité sur tous les seuils riant,
Et par une blancheur immense à l'orient."
Victor Hugo, Toute la Lyre (1888 - 1899), Les Sept Cordes, I, XXVIVoir aussi: Hugo, Martin du Gard
